"C’est un peu comme si, chaque jour, une tour du World Trade Center s’écroulait en une boule de feu".

C’est par une image saisissante que Clifton Leaf, sur le toit de son immeuble new-yorkais, dépeint la réalité du cancer dans son pays. L’image fait rémir, les chiffres en donnent la mesure : au cours de sa vie, un homme sur deux est confronté à la maladie, une femme sur trois… Le cancer est aujourd’hui une épidémie qui ne cesse de s’étendre, il est devenu le premier problème de santé publique du monde industrialisé. Qui aurait pu penser, il y a trente-cinq ans, que nous serions confronté à une telle situation ?
L’heure était aux discours optimistes, aux déclarations fracassantes.

Quand le 23 décembre 1971, Nixon lance solennellement "la guerre au cancer", il débloque des millions de dollars pour la recherche. Son but : terrasser le mal avant le bicentenaire de la déclaration d’indépendance, en 1976. La course était lancée, mais la course était marquée du péché d’orgueil. Car le temps de la recherche n’obéit pas aux impératifs de l’agenda politique et la chronique d’une victoire annoncée s’est transformée en cruelle leçon d’humilité.

Près de quatre décennies plus tard, les soins apportés aux malades sont mieux adaptés certes, les traitements moins lourds, la connaissance de la maladie infiniment plus précise… mais la recherche du traitement "miracle" n’a pas abouti. L’humilité conduit donc à interroger cette stratégie du "tout-thérapeutique" pour lutter contre le cancer. D’autres voix, d’autres scientifiques, se font entendre : au lieu de tout miser sur la recherche de nouveaux traitements, ils s’interrogent sur les causes du cancer et réclament une véritable prise en compte des facteurs de risques environnementaux. Par ces questions, la guerre contre le cancer a gagné un autre front. Avec ceux qui l’animent, le cancer quitte la sphère de santé publique pour devenir un problème de société . Doit-on changer l’homme (son comportement, ses gènes…) ou bien doit-on changer la société (l’environnement) : question cruciale pour le siècle qui s’ouvre.